Mandrie ou journalistes ? Au Sénat italien le soir du vote pour la déchéance de Berlusconi

Se retrouver dans la cour du Sénat italien le soir du vote pour la déchéance de Berlusconi de son poste de sénateur a quelque chose de romantique et de décadent à la fois. Rome accueillit la farce, le grotesque, la comédie. Les façades de ses bâtiments nous pacifient avec le passé, les intempérances de ses administrateurs tourmentent le présent. Le film de Sorrentino, La grande bellezza, évoque pleinement cette atmosphère.

Il y a différents types de journaliste : le chroniqueur sportif, le photojournaliste, l’éditorialiste, l’analyste économique, le journaliste reporter d’images, le critique cinématographique. Chacun d’eux doit observer, récupérer, analyser un fait ou les faits racontés par d’autres pour les communiquer à son publique.

Le fait que j’ai pu observer en tant que non-spécialiste est l’arrivée des ministres et des représentants institutionnels au Sénat à l’heure du vote pour la « fin » du Cavaliere. Un mercredi soir tranquille, des touristes sournois entourent le monument du Panthéon, quelques campements improvisés du Mouvement des Retraités face à Montecitorio. Quelqu’un d’entre eux de son fauteuil roulant insulte à haute voix la classe politique en criant sa vérité « Quegli schifosi magnano alle nostre spalle…bisognerebbe fare la rivoluzione, ma qui non la fa nessuno » (Ces gens dégluasses mangent dans nos dos…il faudrait faire la révolution, mais ici personne la fait), des groupes de policiers bronzés, en fumant leur cigarette, assistent au même va-et-vient de toujours. Un climat de fin empire.

Un journaliste de L’Espresso nous donne la possibilité de le suivre dans son travail : ce soir il faut se consacrer au Fait que depuis des mois occupe des milliers de pages de la presse italienne et étrangère, les talkshow, les discussions des gens et qui apparemment semble être décisif (décisif de quoi ? Du futur italien ? De sa reprise ? De sa reconsidération du politique, de la justice ?). Nous sommes tous conscient quand même que la date de la vérité reste le 15 octobre, quand la condamnation du Cavaliere aura cours et il sera contraint purger la peine. Mais en Italie il faut toujours parler.

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On arrive face au Sénat et après avoir présenté le pass journaliste, on a accès à la cour intérieure : grande surprise. Une cour magnifique avec un portique ancien, clair et un grand bâtiment élégant qui la domine. Mais le regard tombe toute suite sur terre : la cour est grouillante d’un tas de gens habillées en noir ou portants des couleurs sombres. La plupart d’entre eux garde avec confiance sa caméra ou son microphone dans les mains. Des barricades oranges à la façon de « travaux en cours » sépare un côté du portique, celle qui conduit à l’entrée de la Chambre. Un moment de quiétude. Certains fument, certains twittent, d’autres discutent sans trop d’intérêt dans des petits groupes. Principalement des hommes sur la quarantaine.

L’exceptionnel est à venir. Un homme que je ne reconnais pas fait son entrée en passerelle. Fureur. Dans un instant le troupeau avec ses outils se jette sur la barricade comme pour la dépasser ou en être englobé. L’homme ne le considère pas trop, il avance sûr de lui. Les journalistes par contre, attirés par le champ magnétique, se bougent comme une vague homogène, certains se lancent sur d’autres collègues pour mieux atteindre leur calamite. Des caméras émergentes du regroupement, des flashes à l’unisson suivent le parcours de leur objectif. Une grande énergie humaine, un mouvement tout aussi pressant qu’éphémère. Dans quelques instants l’homme mystérieux sera engloutit ensemble avec ses gardes dans la porte d’entrée. Et le mouvement s’arrêtera aussi. Il doit être quelqu’un d’important, je pense.

Les journalistes abandonnent la barricade et s’éparpillent. Un apparent instant de paix. Le journaliste avec qui je me trouve me révèle que l’homme n’était pas quelqu’un d’important, mais qu’ici tous suivent n’importe qui. Dans des différents coins du portique je vois émerger des emplacements de reprise, des écrans où il défile le vidéo-message de Berlusconi, déjà diffusé. J’entrevois la figure du Cavaliere dans son plan poitrine historique et le décor style « entrée en politique » du 1993. Un morceau poussiéreux d’histoire italienne.

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Il faut attendre l’arrivée d’un autre personnage au-delà des barricades pour revoir le même regroupement de chiens qui suit son prochain repas…Cette fois il va se créer un cortège autour d’une langue d’espace. Les journalistes attendent l’homme. Le falque quitte son défilé en se plaçant machinalement sur scène, en face de ses visiteurs. Flash et microphones suivent des trajectoires univoques. L’homme répond tranquillement à toute question. Je me retrouve en arrière-plan et je remarque une quantité de stylos qu’impriment des géoglyphes sur des carnets. Les gens qui ratent quelque chose demandent à leur voisin, qui, après quelques instants, répète la même phrase prononcée par le politicien par un ton complétement neutre et anonyme. Une bête de phrase, mais il faut la noter.

Des journalistes se piétinent, d’autres se disputent. Le politicien parle d’un fait sans jamais le nommer, il cite la Constitution, la collaboration, les réactions…mais à la fin de son intervention je n’ai pas encore compris de quoi il s’agit. Les journalistes sont satisfaits. Maintenant un microphone répand la voix de l’interviewé et ils ne sont plus obligés de sauter l’un sur l’autre.

Une fois le repas consommé, il sera digéré par le même troupeau. La nouvelle apparaîtra finalement sur nos écrans ou dans nos kiosques à journaux. Aucun vote.

Un spectacle inoubliable.

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